Retour de Toubabie

Publié le par Pierre Sirère

Le coup de vieux c'est l'autre, le même que toi, celui que tu connais depuis depuis, et qui te mets face au miroir...

Au obsèques de maman en Toubabie Catalane, j'ai été servi; des mecs aux mines tristes se dirigeaient vers moi, mains tendues, sincères et compatissants, leurs trombines me disaient bien quelque chose, mais en vieux, c'était très bizarre et révélateur de mon état.... 

Chez moi au Sénégal ou la moitié de la population a moins de 19 ans, je ne sent pas ça, j'en ai vaguement conscience quand il s'agit de performer physiquement, mais sinon non....

De la jeunesse en entourage, de la vitamine D fournie abondamment et à toute saison, du rire beaucoup, de la tristesse aussi, pas trop juste qu'il faut, du rêve et des oiseaux, ça conserve son homme...

Une grosse rafale de vent balaie mes pensées, on la connait bien celle la, elle annonce la pluie dans une minute ou moins,  on a peu de temps pour tout mettre à l'abri, enfin ce qu'il reste, depuis le temps on est bien organisé....

La température chute vertigineusement il fait presque frais quand les premières goutes font des ronds sur le miroir de la piscine, le ciel s'assombri, la nuit tombe, et la belle grosse douche commence...

Une foule d'odeurs oubliées bousculent  mon odorat, provoquant des voyages dans le temps, l'humus de la cueillette de giroles en automne dans les sous -bois du haut Vallespir, les séances de jeux sur herbe fraichement coupée avec des ballons ronds ou ovales, la confection d'un barrage avec les copains, de l'argile, des cailloux, de l'eau boueuse, du foin pour faire l'étanchéité un jour de grande chaleur sur le Tech à Arles sur,..... ça sent l'iode et les algues aussi, comme quand j'allais chercher des moules sur les rochers à la "crique des porteils",.... un véritable retour en enfance olfactif ...

Les averses sont drues mais de courte durée, la saison des pluies sur la petite côte, est exagérément crainte par les Toubabs qui ont rayé la destination de leur plan vacance, dommage pour eux.....

La pluie passée, une humidité ouatée prend place, on a l'impression de respirer au travers d'un gant de toilette tiède, dérangeant au début, on s'y fait au fil des années... Il suffit pour cela d'aller en brousse,  de regarder la nature qui revit après une longue période de saison sèche, les nuances de verts vont du fluo en bordure de goudron sur les routes, au trés profond dans les forêts de roniers, la savane a remplacé les terres désertiques, le miracle ne durera pas, la paille la remplacera d'ici deux mois, cette magie éphémère mérite quelques efforts.

Dans le jardin magique aux arbres gonflés, les oiseaux cachés pendant l'averses chantent à tue-tête sans doute pour remercier le ciel, qui a fait éclore une myriade d'insectes de toutes sortes comme des mets volants aux gouts divers et variés....

Des fourmis volantes sortent de terre, elles ne vont pas très loin, aussitôt éclose, aussitôt gobées par les tisserins affamés, plus haut des papillons blancs par centaine se font décimer par une bande de BulBul voraces, aujourd'hui le resto, c'est pour les oiseaux....

La lumière se fait douce, le soleil se couche et avec lui commence le spectacle de ces ciels qui semblent peints par des artistes célestes, au départ bleus profond teintés de mauve et de violine, ils passent lentement à des nuances de rouge orangé de jaune pistil, la voute flamboie comme dans un dernier éclair astral... c'est une oeuvre unique que l'on ne voit qu'en cette saison d'hivernage sous ces latitudes ....

Demain ça recommence, j'aborderai la journée avec un regard neuf, celui d'un enfant,  de cette jeunesse éternelle, dans ce pays ou les jours se suivent mais ne se ressemblent pas, mais pas du tout ! 

 

 

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