Balade en Toubabie

Publié le par Pierre Sirère

D'un  "je m'ennuie"  sanitaire et poétique , à un "je m'emmerde" dépressif, il n'y a qu'une pensée, je me l'interdis... Papa dort profondément, un de ses "cloucs" de 2 heures ou plus en fractionné, il est un champion incontestable.....

L'emmerdement m'effleure, je le laisse seul, il va bien falloir qu'il s'y fasse, je vais marcher en me promenant, il parait que c'est bon pour ce que j'ai.

Au fil des années, je suis devenu une sorte de touriste dans mon ancien "chez moi", pas de nostalgie, juste un regard neuf, quasi virginal dut à mon changement de prisme, à mon vieillissement.

Je marche comme tous les vieux que je croise, pour la santé qui s'effiloche, pour observer le décorum et mon prochain d'ici... Je traverse la pinède aire de jeux pour les enfants, de flirt pour les ados, de pause pour les vieux marcheurs, je m'y arrêterai au retour.

Il est 16h, j'attaque la montée de la grand rue en travaux ensoleillée, je longe les platanes d'ombres en ombres... Au sol une ligne bleue, peinte à la bombe,  le trajet d'un tuyaux à problèmes enfoui, on le remplace jusqu'à la prochaine fois, c'est la raison de la route défoncée...

Dans ma périlleuse ascension je croise des chargés de missions, des gens qui ont des trucs à faire, un planning, des rendez vous, c'est écrit dessus, je peux même deviner leur prochaine action.... Je traine, je musarde, j'observe, je remarque quelques architectures art déco, des villas cossues, maintes fois vues auparavant dans mon ancienne vie, jamais remarquées.....

Au deux tiers de mon escalade, je m'arrête au terrain de boules, je m'assied sur le banc sous un platane, un joli couple de "bientôt vieux" jouent à la pétanque en tête à tête, ils sont mignons.... Assis tranquille, je m'improvise arbitre rigolo pour quelques points litigieux, forçant mon roulage de R, pour faire plus local, on se quitte sans se parler d'un pouce levé à la "Messenger".

Je pénètre dans l'espace des grands arbres, une cannopée inversée de platanes centenaires, la température chute d'un coup, une douce fraîcheur s'installe,... au sol des ombres mirifiques se dessinent comme un QR code mystérieux sous mes pas devenus légers...

Je vais à la maison de la presse, acheter un cahier, simple, et un stylo, un BIC, histoire d'écrire cette bafouille...

Sur les boulevards, quelques touristes clairsemés,... la veille ils étaient des milliers, c'était la Feria, aujourd'hui c'est doucereusement calme, je m'installe sur une terrasse ombragée sous ces majestés, un thé à la menthe que je laisse refroidir jusqu'au point final.

Autour de moi, les hypnotisés scrutent leurs écrans ne levant la tête que pour montrer à l'autre un "truc qui fait rire", ils rient un peu, et y retournent.... Moi je lève les yeux vers ce bleu et ce vert que l'on ne voit qu'ici, comme ils disent partout .....

Je ne connais plus grand monde dans mon ancien chez moi c'est plutôt bien ,vu les circonstances, les connus ne m'épargne pas leurs tristes piqures de rappel...Chiens en laisse, maitres assortis, tête grises partout, je suis dans la moyenne, comme d'habitude, toujours moyen, jamais médiocre, je regarde dubitatif une course de déambulateurs ,exotique, mes petits amis de Koulang sont loin, trés loin, leur fraicheur me manque comme une dose d'élixir de jouvence.

J'observe la terrasse, ils sont là tous les jours, même table, de jeunes seniors retraités, mon âge, leurs Salamalèkoum sont long, comme au Sénégal, ça meuble quand on a pas grand chose de neuf à se raconter, comme tous les jours on revient sur l'actualité de la veille, sport et santé surtout, la politique est trop sujet à polémique.   

J'assiste à des diatribes ponctuées de "du coup", qui on remplacé la ponctuation et  ces temps de réflexion nécessaire à la respiration et à d'analyse sur le sujet, ce n'est plus utile, on ne s'écoute plus, on s'entend tout au plus, de plus, les fins de propos sont ponctués de manières définitives par des "donc voila" n'attendant ni débat ni objection.

A la table derrière mon dos on parle finance -" ça a augmenté chez LIDL...", ça spécule SOFINCO, ces crédits à la con sommation  -" qu'en plus, il faut payer !" du Pagnol versus "Rotchild dé la callé" du nectar pour mes oreilles....

A la petite table de deux à ma droite, deux influenceuses de la rue des Ixides s'installent , 20 ans au max, ça sent le Sephora et la "fast fashion" à plein nez... Narcissiques, se mirant dans leur cerveau miroir accessoirement téléphone elles s'observent les sourcils parfaitement dessinés, se recoiffent la mèche de la main, rectifient leurs maquillage de Cheyenne,elles partagent des lectures de messages de leurs cerveaux externes en 4 ou 5 G....

Mon thé a refroidi, il est tiédasse, il est temps de retourner voir Papa, il doit être réveillé, c'est bientôt l'heure de l'apéro, je reste encore un peu, je l'accompagne dans ses nouveaux pas, dans cette toute nouvelle solitude, il est loin ce jour joyeux et cette phrase oubliée,  en fin de sermon :-" jusqu'à ce que la mort vous sépare ..." le Oui qui s'en suivait l'effaçait, aujourd'hui on y est....Je comble le vide, j'amortis la tristesse, je dédramatise comme je peux, c'est nouveau pour moi aussi...

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