régression transversale
La premiére fois que je suis arrivé au Sénégal, j'ai très rapidement noué un contact local, plutôt dans le club des entrepreneurs allumés, et aventuriers.
A cette époque, j''étais commerçant en France, plutot en galère permanente tendance on surnage, border noyade, juste, comme pratiquement tout le monde d'ailleurs.
Je l’appellerai Olivier, , et c'est comme ça qu'il s'appelle d'ailleurs, me dit le deuxiéme jour :
-" pour ce qui est des factures, on vient te les remettre à la maison, y e a que deux, la Senelec, et la SDE "
mes jambes ont flageolées, je me suis assis, et je lui ai dit d'une voix tremblotante
-" tu veux dire qu'il n'y a pas de boite aux lettres ?"
-" une boite postale quand tu as un réceptif, tu peux en prendre une... mais sinon, pas besoin "
-" Putain, pas de boite aux lettres !!!!, waly !!! une Flag !!!!"
C'était au siécle dernier, et je pense que c'est une des deux raisons qui m'ont fait m'installer ici.
j'en profite pour vous donner l'autre,
c'est le nain plein de tocs quand il a dit :" tu l'aimes ou tu la quittes" en parlant de mon pays et du sien aussi, il m'a poussé vers la sortie, Merci Sarkosy, chose que je ne pensais jamais dire.
Installé depuis depuis sous mes tropiques, j'ai découvert la foret de baobabs que cache la boite aux lettres.
En Toubabie, le matin ou le soir, vous l'ouvrez, soit vous passez une journée de merde, soit vous dormez mal, hébé ici non !
Le matin tin, ici, tu assiste au réveil de la nature, et tu partages ton pain avec les oiseaux.
Pas de télé, j'ai jeté la derniére par la fenétre il y a longtemps, trés peu de radio, choisies, et sur le web,
Quand vous vous déplacez lors d'une journée normale, votre cerceau est matraqué d'images publicitaires, d'enseignes, de codes de la route ou pas.
Ici, des paysages, de la nature, de la vie transpirante au soleil, de la pub aussi, rare, vintage rigolote, et artisanales "faites à la main" .
En Toubabie on court, on a toujours un truc à régler, souvent en rapport direct ou indirect avec la boite, quel qu'elle soit, elle sont pléthores, on vous y a. enfermés.
De la boite tel le truc à ressort mais beaucoup moins vite, je suis sorti.
Au rythme des trainements de tongs, j'y suis arrivé, long a été le chemin,
tel une plante de serre replantée en plein champ, je retrouve des sensations perdues.
En Toubabie vous avez un truc, ce truc qui empéche de dormir, presque un membre de la famille, le cousin qu'on aime pas et qu'on supporte quand méme, souvent menaçant, ou perfide,
le Banquier!
Celui là, le jour ou j'ai pu m'en séparer, il m'a pas fallu beaucoup de temps, quelques signatures, et c'était fait, finalement notre relation ne tenait pas à grand chose, quelques chiffres, et signatures, pas trés enrichissant.
Ici, on est au tout début de la bancarisation, en brousse dans la case de l'ancien, accroché à la charpente de la case, il y a un panier avec la fortune des habitants du village, alors la banque c'est pas gagné.
Quand on fait un achat, il est réfléchi, discuté, négocié, avant tout, il Faut qu'il se paye !!
un outil, un animal, un véhicule doit s'amortir obligatoirement.
Trés peu de crédits, si ce n'est à la boutique du village, ou l'on paye en fin de mois.
On a de l'argent, ou des sacs de graines, ou des tétes de bétails, ou des terrains,
on a ce qu'on a, et puis c'est tout.
De nouvelles préoccupation, plus humaines, plus légitimes, plus naturelles, remplissent à nouveau mes journées, je n'ai pas plus de temps, peut étre méme un peu moins, mais je le magnifie, j'en profite.
Comme cet enfant que j'entend, il compte à voix forte, dans la rue, sans doute une partie de "cache cache"
-" un , deux, trois, cinq, quinze, vinteuhuit, quarante deux......"
l'important n'est pas de connaitre les chiffres, il suffit juste d'intégrer la durée, et de garder le rythme, une percussion, un battement de coeur, le mien est ici.
