WIN WIN
Dans un petit village au fin fond du Saloum
Un bosquet, un gros puits abreuvoir, zébus, biquettes, quelques cases, 2 trois concessions, clôturées de branche de rônier, une belle grande famille Sérère, bien élargie, j'ai un de ces rendez vous informel, le chef de la communauté rurale sait que je vais passer, mais pas quand, ni l'heure, ni le jour.
Je suis toujours en quête du terrain de mes rêves, au début j'étais focalisé par la recherche, aujourd'hui j'ai compris qu'un jour je le trouverai, mais que surtout, cette recherche me permet de rencontrer d’appréhender, de m'instruire tant sur les us et coutumes ultra locaux, que sur la nature des sols et autres découvertes.
Un ballon rafistolé vient dans ma direction, les garçons font la revanche de la belle d'hier, aprés avoir esquissé un mauvais dribble, je la renvoi au plus petit, celui qui l'a pas souvent.
Les jeunes filles chantent en sautant "à l'élastique", ambiance bal poussière, dans la cour, j’aperçois les femmes, allignées sur le banc tronc d'arbre patiné lissé, on palabre, on allaite, on grille quelques "guertés*", je prend mon temps, j'observe, les tout petits ne m'ont pas encore vu.
Il faut quand même se rendre compte d'un truc assez important, c'est le cas de le dire, c'est que dans ce coin des "Toubab", on en voit pas tous les jours, et des comme moi, "curt i fart" (prononcez courtifaaart), au look décalé, encore moins, à chaque fois c'est la mème histoire, du coup je m'y prépare et anticipe pour mieux en profiter.
Il y en a 8 ou 10, des "en age de marcher", quand je rentre sur scène, Casimir le monstre gentil de mon enfance n'est pas loin, le premier qui me voit pousse un hurlement de terreur, qui se répend dans un effet stéréophonique remarquable, les tout petits en teeshirts multicolores courent dans tout les sens, avant de se réfugier dans les boubous des mamans tantes sœurs... à chaque fois c'est pareil, je finis avec un bébé rigolard dans les bras.
Ce ne sera pas pour cette fois non plus, prix multiplié par 10, et sol en latérite cuivrée, une sorte de béton naturel, Mansour le chef en a convenu, nous sommes restés amis, on a passé un bon moment au "clando" à parler de tout, jamais de rien, on reste en contact, je le raccompagne à sa demeure... un attroupement de garçons attire mon attention, des 8/12 ans, ils sont accroupis, ça palabre, je m'approche, ils sont en rond, et au milieu, sur le sable, une boite de conserve retournée, dessus quelques noix je cajou fraîches, j'interroge du regard mon nouvel ami, il me dit :"attend...regarde"
Une bille, des participants, pleins, chacun amène ses noix, c'est celui qui a gagné la dernière fois qui garde la bille, on se lance des défis, on pose 2 ou 3 cajous sur la boite et on doit les déquiller, ça dure longtemps, et à la fin, le gagnant a toute les noix, et garde la bille jusque à la fois suivante, Mansour m'explique que après, ils vont piquer le petit réchaud aux femmes, se les faire griller, et les manger tous ensembles.
* Guerté : cacahuètes
