Le bruit et l’odeur
Des arrivages de Toubabs, par petits groupes, nous sommes à la résidence d’Hugo et Celine depuis quelques jours…
j’ai chaud j’ai froid la viande, il fait froid en Bretagne, c’est cher, c’est pas cher, ils sont gentils les marocains, les feus dans le sud, la rentrée la rentrée la rentrée, Macron démission, non je déconne…..
Je les abandonne avec la compassion du con parti.
J’arrête de laisser traîner mes oreilles n’importe où, et me consacre à ma tribu regroupée par nos soins dans cet endroit propice….
Je prend avec plaisir quelques coups de pelles à grand cris joyeux de -« Papi Pierre !!!! »….
On s’apprivoise gentiment, on module, moins fort le matin, sans effort ça se règle naturellement….
On a regroupé 4 générations, de fleur de peau ,au cuir tanné, comme dit Nath, sans reproches et sans jugements, on est ensemble et c’est naturellement bien….
Ça arrive, ça repart, tout le monde n’est pas, ou ne peut pas être en vacance, cette parenthèse restera dans nos mémoires, et dans la famille…
Une dernière soirée avec Hugo et sa tribu qui est de plus en plus la nôtre, et retour à Casablanca pour la fin du séjour, en mode indien dans la ville.…
Ce choix de la ville, du train est pour nous un dépaysement total et c’est je pense le vrai but des vrais vacances de l’esprit, se confronter à l’inconnu ou ,au pas compris, laisser vaquer l’âme.
Nath a choisi l’hôtel, un Ibis 15 étages avec 3 manèges ascenseurs….ils sont tous là dans le triangle hôtelier, Marriot, Novotel, j’en passe et bien d’autres, un quartier d’hôtel à côté de la gare qui amène à l’aéroport au reste du monde et au reste du pays…
Au premier petit déjeuner, je comprend assez vite que nous sommes les seuls touristes, la planète boit son café en discutant audit, pourcentage, croissance, objectifs, prospectives, ça rigole pas….
Le Français a quasiment disparu au profit de l’anglais, les chinois sont les principaux donneurs d’ordres, un reflet du monde pas très réjouissant….
On prend un taxi sans compteur pour la Corniche, négocié à 80dh , au retour, avec compteur on paiera 27,50….
Cet endroit est le plus riche de Casa, des vieux clubs de plages privés aux piscines vétustes, d’autres en réhabilitation, un fini, des hotels aux parkings digne du mondial de l’automobile de l’année prochaine, des zones de bureaux à louer, un palais Saoudien, quelques villas Hollywoodiennes, et des malls.
-« mais c’est quoi un mall ? »
-« hé bé, c’est comme une galerie marchande mais plus grand!!!! plus beau!!!!! avec plus de magasins et de restaurants… »
Un kilomètre six cent en plein cagnard sur le paséo maritimo qui longe l’océan, une pose thé à la menthe réparatrice, et je finis par arriver à l’entrée du mall, ça a été dur, en ressenti je suis à seize kilomètres….
A l’entrée du bouclard que je hais déjà, la climatisation ne me soulage même pas, mais Nath se régale….
Je suis marabouté des Escalators, presque tout ceux que je dois emprunter que ce soit en montée ou en descente sont arrêtés…
-« tu vas voir chéri, si tu t’approches ils vont se déclencher … »
Soit je suis translucide, soit ils sont pannés, pas un ne se déclenchera, on fera les quatre étages, Nath rentrera dans 20 boutiques pour finir par dire qu’elle ira à Mbour, c’est pareil et moins cher….
-« vous habitez au Senegal ? » nous demande le taxi honnête
On confirme et il continue
-« vous avez été à la Médina des sénégalais ? »
-« oui il y a quelques jours … »
-« c’est degueulassssse !!! ça pue !!!! j’y suis allé avec mes enfants, ils se bouchaient le nez, on est sorti en courant… »
Je ne lui dis pas que ces odeurs commencent à me manquer…et je lui suggère :
-« on ne dit pas deguelasse, on dit ça ne me plaît pas… »
Ces yeux quittent la route il me regarde dans les miens et dit:
-« non mais là c’est vraiment degueulasssssssse !!! »
le bruit et l’odeur de Chirac via Zebda raisonne dans ma tête, le parfum du yaboy fumé me revient, il est temps de rentrer.