migrant du bled

Publié le par Pierre Sirère

je suis un migrant au Sénégal, comme Ibou en Toubabie, on aime discuter et partager sur nos expériences croisées...Malgré la différence d'époque et d'âge, on en a plein. 

Lui aussi est arrivé avec ce qu'il est, sa culture, son bagage, sa vision du monde   du point de vu de départ, lui aussi a su faire la part des choses, s'entrevoir dans le regard de l'indigène,  tout en restant lui même.....

le chemin est long, difficile, et plein d'enseignements sur soi.... l'acceptation d'une nouvelle réalité est un parcours différent pour chacun, mais au bout de quelques années, ça se lisse, le socle de certitudes se fissure, pour laisser place à une reconstruction personnelle, c'est ça le plus long....

Ibou en est tout au début, il est enthousiaste, volontaire, jeune et fraichement arrivée en Toubabie, on dirait moi il y a presque 20ans, quand j'ai décidé de m'installer au Sénégal.....

Arrivé avec 4 sous, au départ en dilettante, il a fallu assez vite se remettre au boulot, et bien qu'ayant une belle expérience professionnelle, tout remettre à plat,  tout réaprendre, s'adapter, laisser les certitudes pour le doute....

Ibou lui est finalement une sorte de résultat de notre adaptation, il n'est pas allé en pirogue Canaries, il a bénéficié d'une formation ici, la notre, et d'un accompagnement institutionnel,  ce qui n'enlève absolument rien son mérite. Faire preuve de régularité, de sérieux, d'abnégation et de professionnalisme n'était pas dans son bagage de départ sa réussite, il se la doit. 

Pour nous cela a été la même chose, on a du s'alléger, d'enseignements inadaptés, et de préjugés stupides, pour se re former, réapréhender le contexte, abandonner un confort illusoire, et une sécurité assortie, pour se trouver seul face à ce qu'on est réellement,  avec sa bite et son tournevis....

Depuis 20 ans, j'en vois passer des rêveurs, je les appelle les étoiles filantes, souvent arrivés avec de l'argent, pleins de certitudes, ils vérifient assez vite l'adage : pour devenir millionnaire au Sénégal, il faut arriver milliardaire.

Tout comme en Toubabie,  les migrants  ne sont pas nombreux à réellement y  arriver, l'entrecôte frite et le Tiéboudien restent, les croyances et autres usages ancestraux aussi, mais différemment, les fréquences s'espacent, ça s'estompe au fil du temps, ça disparait même parfois, pour laisser place à autre chose, pas un mélange, une évolution.

Tout comme moi, Ibou habite un village en Toubabie, c'est important, c'est une chance,  la ville annule tout, à Koulang ou à Triffouilli les oies, c'est pareil, on se dit bonjour, on se parle, on se"connait", on s'aime, on s'aime pas, mais on existe,... La citée sectorise empêchant la rencontre de l'autre, vivre au bled m'a beaucoup aidé dans ma transformation, je sais qu'il en est de même pour lui, et qu'il va y arriver............

Derrière mon bar, au Bigaro Dos, je me rappelle,... quand on est arrivé en 2005, on nous avait dit :

-" Ici,  vous allez devenir alcoolique, et vous allez divorcer..."

Pour l'alcool, il avait tort, on l'était déjà, après 20 ans de nuit en Toubabie...., pour le reste, nous même on sait ....on a duré.

 

 

 

 

Publicité
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article