Jambon 007
Les "Pixies" en bande son, stoppé dans le "No mans land" entre le Maroc et la mauritanie, frontière fermée, sans doute l'heure de la prière, on prie beaucoup pour rien par ici.
J'étais parti 3 jours avant de Ceret, j'avais traversé l'Espagne d'une traite, seul je m’arrête pas ou peu, juste pour acheter mes jambons dans la descente de la "Sierra Nevada", ils y sont pas chers, très bons, et indispensables au bon déroulement du voyage.
Le lendemain matin, je les avais accroché à l'arrière sur mon chargement de bric et de troc.
Au poste frontière de Céuta l'effet gousse d'ail sur les vampires avait opéré, les douaniers avaient ouvert et refermé rapidement le coffre, chargement impur, pas pour moi, avec du pain marocain de la tomate et de l'huile d'arghan, ça sera mon menu tout les midis.
Devant moi en file indienne, une belle rafale de Range rover préparés, des mecs en gilets à poches et pataugas, des dentistes qui vont jouer dans le bac à sable, dans le "Banc d'arghin", ça parle fort, me regarde avec des sourires moqueurs, il faut dire qu'à coté de leur 4X4 préparés, ma vieille Peugeot fait un peu tache.
La clope au bec, short camouflage, teeshirt Rolling stones vieux, je mate le poste frontière, un moustachu en boubou bleu vient de passer la barrière, remonte la file de 4X4 en trottinant, sans leur adresser un regard, et vient me voir.
"Moussé Pierre, li commandant vous attend"
il monte dans ma voiture, on double la rafale de dentiste "quatrequatreux" médusés, à l'approche de la barrière il descend, l'ouvre et la referme sous leur calandres.
Le commandant m'attend, c'est vrai, il savait que j'arrivais par le téléphone arabe qui fonctionne bien ici, je le connaissais d'une autre descente, les douaniers tournent, passent 3 mois au poste nord, puis au sud c'est selon, donc forcément à force de descendre on se connait.
Il m'attend surtout parce que je suis équipé, au fil des descentes j'ai ciblé les besoins et les faiblesses des officiels des pays traversés.
Au Maroc, clope et bière pour les flics, jambon contre les douanes, en Mauritanie la triplette royale pour le passage de frontière, du Collyre pour les yeux, beaucoup de vents de sables par ici, des grosses boites de conserves du grand chef français "William Saurin", mème avec du porc, le chameau séché avec du riz au quotidien ça change, et surtout les livres.
Pendant que ces sous fifres tamponnent écrivent s'occupent des formalités, le commandant et moi palabrons, je lui donne le médicament pour les yeux, on parle des derniers événements au Mali, je lui donne 2 boites 5/1 de saucisses lentilles, je récupère mon passeport, il me prend par la main me raccompagne jusqu'à la voiture et me dit :
-" et les livres Moussé Père ?"
-"les livres je vais te les donner à la voiture, la dernière fois, vous avez commencés à les regarder au bureau et au lieu de gagner 1 heure, j'en ai perdu 2 "
ils avaient commencés à les feuilleter, on avait commenté, rigolé, admiré, ça avait duré.
Je fouille dans le coffre et lui donne une pile de magazines, des "play boy" et des" New look" avec des blondes, les soirées seront moins tristes sous la rayma.
Je croiserais les dentistes quelques jours plus tard à St Louis, leur regard à mon encontre avait changé, je ne leur dirais rien.
Un petit conseil, n'essayez pas aujourd'hui, ils ont la 3G, et beaucoup moins d'humour.
